Chère petite famille,
Que d’aventures depuis ma dernière lettre. Là où je vous ai laissés, nous venions juste de convenir d’un accord avec la troupe de Jérémiah. Nous voici dix jours plus tard et je suis allongée dans un lit en train de me remettre de mes émotions.
Si vous vous souvenez, nous devions en apprendre plus sur un notable local voulant intégrer la pègre. Nous avions donc échafaudé un plan qui se déroulait plutôt bien : intégrer la troupe de Jérémiah pour nous glisser dans le bal masqué organisé par ce notable. Nous l’avons simplement poursuivi. J’ai donc été aux répétitions avec la troupe, qui m’a réservé un accueil de la même teneur que le temps à Fosnia par un mois de décembre : glacial. C’est un peu désarçonnant, car, certes nous ne nous sommes pas quittés en bons termes, mais de là à me faire sentir en permanence que je n’ai plus ma place, il y a un monde. Enfin … Ca nous a pris beaucoup de temps à Ekna et moi.
Pendant ce temps, Minzu et Merh’Elin ont surveillé le manoir où aura lieu le bal et essayé de se faire embaucher comme commis de cuisine. Leur planque leur a aussi permis d’en savoir plus sur les personnes avec le Baron van Peck est en contact et notamment une belle bâtisse dans la ville semble abriter des membres suspects, peut-être de la pègre. Ils ont aussi mis la main sur une invitation au nom du voisin chez qui nous nous sommes installés. Ils ont beaucoup sympathisé avec lui. Mais nous ne savons pas vraiment ce que deviendra notre amitié avec cette personne. En effet, il nous a dit plusieurs fois vouloir changer de vie. Sans donner plus de détails, peut-être veut-il partir dans les Skarzamar ? Il paraît que c’est très beau à cette période de l’année. D’ailleurs, nous n’avons pas de nouvelle de nos compagnons qui y sont partis. Ca devient inquiétant.
Toujours est-il qu’aussi bien commencée fusse-t-elle, notre petite mission a tourné court le jour de la répétition avec la troupe dans le manoir. Ce jour-là, Ekna et moi y sommes donc allés avec la troupe de Jérémiah. La mise en scène était bien pensée : je chantais mal, invoquais la pression et disparaissais en pleurant. Un petit caprice de diva en somme. En je vois déjà mes frères et ma sœur dire que je n’ai pas dû me forcer, je les ennuie ! J’ai donc mal chanté et fait tout mon possible pour m’introduire dans les étages. Pendant ce temps, Ekna invoqué une acoustique déplorable et invitait tous les gardes à venir bouger la scène. Au final, je n’ai pas pu avoir accès à l’étage, mais à un petit salon.
Très vite, j’ai remarqué un passage secret derrière une cheminée. Après mettre assurée de pouvoir couvrir mes traces, je m’y suis engouffrée. Une très mauvaise idée, après quelques mètres, je me suis retrouvée prise au piège d’une liane maléfique dans un souterrain très obscur. Après, je ne me souviens de rien. J’ai repris connaissance dans le petit salon, Ekna était à mes côtés avec le maître d’hôtel, furieux. Ce dernier a vite quitté la pièce en la fermant à clef. Sentant le danger, j’ai crocheté la serrure et ouvert la porte. Ekna s’est engouffré pour me protéger en attirant le garde. De mon côté, j’ai couru aussi vite que possible pour sortir du bâtiment. Je suis passée par la porte principale, Ekna, par les cuisines. Au final, nous nous sommes retrouvés dans le jardin, poursuivis par les gardes et devant un mur de glace invoqué par le maître d’hôtel. Heureusement que Merh’Elin surveillait la scène. Il a rapidement dissipé le mur de glace en le transformant en un épais brouillard qui a couvert notre fuite.
Nous sommes donc chez notre commendataire. Les jours à venir risquent d’être compliqués. En effet, Ekna et moi avons peut-être laissé des traces trop évidentes qui permettront facilement au Baron van Peck de nous retrouver. Mais bon … Il paraît que les Skarzamar sont très beaux à cette période de l’année.
Embrassez ma sœur et mes frères.
Votre Aldéia.