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Les lettres d'Aldéia

Glazhamn. (page 6)

Chère petite famille,

Nous avons donc pris le bateau pour Fosnia. Le trajet s’est bien passé. A cette période de l’année, nous avons pu contempler les montages enneigés au loin. Depuis la mer, ça laisse une sensation étrange. Je comprends par moments pourquoi Ekna a passé une partie de sa vie sur un bateau. J’y vois une forme de poésie. Nous sommes arrivés dans la capitale, Glazehamn. C’est presque un autre monde. Il y a assez peu de diversité, que ce soit un plan ethnique, architectural ou même organisationnel. D’ailleurs, Fosnia a l’air assez rigide comme endroit. Mes différentes interactions me laissent l’impression que les gens ont une vie qui est très déterminée par leur naissance. C’est assez triste quand j’y pense, mais aussi sûrement comme ça que l’on peut survivre dans un endroit moins prospère qu’Efross.

Nous sommes logés dans une maison mise à disposition par notre commanditaire. Nous la partageons avec un autre groupe qui travaille pour lui. Comme nous, ils sont quatre : Mute, qui ne dit pas un mot et cache son visage ; Natarissa, une magicienne - oui, c’est autorisé ici - qui est assez cassante ; Livian, un paladin d’un culte de la lumière que je ne connais pas forcément ; et Kyle un personnage affable avec qui j’ai quelques affinités et compétences communes. Pour le moment la cohabitation se passe bien. Mais eux aussi ont des missions. Ils sont d’ailleurs partis pour l’archipel des Skarzamar afin d’aller voir ce qui s’y passe. Il y aurait des problèmes avec la production des gemmes de blizzard.

De notre côté, notre commanditaire a fait transiter nos affaires par la route et elles sont bloquées à la garnison à l’entrée de la ville. Malgré nos efforts, et l’invocation du nom d’un collègue haut placé de notre commanditaire, Audius, rien n’y a fait. Nous avons quand même pu faire libérer notre transporteur, un petit homme du nom de Rohani. Nous devrons attendre plusieurs jours qu’elles sont dûment validées. Pendant ce temps, on nous a demandé de nous renseigner sur une partie de l’élite locale qui a des liens un peu trop évidents avec la pègre. Il s’agit en particulier du Baron Ulrick van Peck et sa femme Yrina. Ils sont assez prudents et nous n’aurons pas accès à eux facilement. Mais nous avons de la chance, ils donnent un bal masqué dans deux semaines. Ca pourrait être l’occasion d’en savoir plus, si nous arrivons à nous faire inviter.

Nous avons commencé par nous approcher de leur villa. C’est une très grande bâtisse en face d’un parc. Nous avons voulu nous renseigner auprès du voisinage et sommes tombés sur quelqu’un de charmant qui nous a invités à rester chez lui pour observer les allées et venues. Il y a une forme d’ironie dans cette phrase, mais je ne tiens pas à en dire plus. Sachez simplement que tout le monde va bien et que si quelqu’un a pu avoir un nez cassé, il l’avait bien cherché.

Au cours de nos investigations, nous avons appris que mon ancienne troupe était en ville et que ce serait elle qui se chargerait de la musique pour le bal masqué. Je ne les avais pas quittés en très bons termes, mais, des fois, il faut savoir être flexible. Afin de les rencontrer sans trop éveiller les soupçons, nous avons opté pour une petite mise en scène. Nous avons repéré l’endroit où ils se produisaient et avons proposé à une taverne aux alentours une soirée chant à titre gracieux. L’idée étant bien entendu de les pousser à venir me voir. Ekna était joliment déguisé en imprésario et Mehr’Elin en garde du corps.

Tout avait bien commencé. Ma prestation vocale était vraiment très bien malgré le froid. Le public était ravi et quittait la troupe de Jérémiah pour venir m’écouter. Soudain, une fille, peu élégante, est rentrée comme une furie dans la taverne et m’a jeté un objet au visage. Je ne me souviens pas vraiment de la suite. Mes camarades m’ont raconté qu’il y avait eu une bagarre, que la fille s’appelait Eline van Tulip, qu’elle était folle de rage et s’était acharnée sur moi alors que j’étais au sol. Quelque part, je la comprends, c’est elle qui m’a remplacée dans la troupe. A défaut d’avoir mon talent, elle a une carrure bien plus affirmée. Les filles, par ici, ne sont pas très élégantes. Enfin …

Toujours est-il que nous nous sommes revus le lendemain pour tirer les choses au clair. J’ai fait valoir le préjudice d’image que j’ai subi à cause de leur manière de sauvages. Jérémiah a accepté, pour me dédommager, de me faire monter sur scène pour le bal masqué. L’un dans l’autre, c’est donc un beau succès. J’ai un très bel hématome que je vais essayer de faire disparaître cet après-midi après vous avoir envoyé cette lettre.

Embrassez ma sœur et mes frères.
Votre Aldéia.