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Les contes de Valgard

Thogrim, pour faire peur aux enfants.

Après plus d'un an et demi d'absence, Valgard Languedargent était enfin de retour à Moraurbis. La cité souterraine était telle qu'il l'avait laissée, somptueuse. Ce joyau enfoui brillé de mille feux. Il prit quelques minutes pour l'admirer. Puis il commença la longue marche qui allait le ramener à la demeure familiale. Il pensait à son père et à sa mère, pour qui il avait ramené quelques objets du bout du monde, il pensait surtout aux jeunes de son quartier, aux histoires qu'il allait pouvoir leurs raconter. En effet, il en avait vu des choses, la guerre pour commencer avec son lot de bravoure et d'atrocités, mais aussi des cités humaines qui sortent de terre, plutôt que de s'y enfoncer. C'est perdu dans ses pensées qu'il arriva chez lui. La porte était fermée, son père devait travailler et sa mère faire quelques emplettes. Il alla donc à la taverne de Dolgarok, son ancien ami, en attendant le soir et le retour de ses parents.

Lorsqu'il poussa la porte, une armée de jeunes nains hurla. Valgard était de retour, cela signifier pour eux de longues soirées à écouter des histoires de dragons pourfendus par des héros tous plus courageux les un que les autres. Valgard fut assailli de questions concernant son voyage. Il tentait d'y répondre lorsqu'une phrase le frappa : « je veux devenir un fier nain ! Et je partirai à l'aventure ! ».

Valgard calma la foule, fit asseoir la horde, racla sa gorge et d'une voix rauque commença : « Il était une fois un jeune nain qui s'appelait Thogrim Barbefer, il vivait dans une grande cité humaine nommée Auriurbis. Ce nain, bercé par des histoires de héros, voulait partir à l'aventure et en devenir un héros. Il choisit un mentor avec qui il voyagea. Ce mentor, un humain, lui apprit à se battre. Ensemble, ils virent les ravages de la guerre à l'est. Ils partagèrent la misère des réfugiés. Thogrim vu la mort de ses propres yeux, il vu le meilleur ami de son mentor mourir. Ses compagnons de voyage moururent eux aussi. Mais son mentor continuait à le guider. Ils voyagèrent ensemble jusqu'aux pieds des Monts de l'Inconnu. Ils virent de nombreuses cités, rencontrèrent beaucoup de monde. Mais le coeur de Thogrim s'obscurcissait chaque jour un peu plus. Il savait que bientôt son mentor le laisserait voler de ses propres ailes. Cela l'angoissait, il devenait violent, avide. Il commença à avoir recours à la force sans que cela ne soit nécessaire. »

Valgard fit une pause pour se désaltérer, les spéculations allaient bon train dans la foule, mais qu'allait devenir Thogrim ? Notre conteur reprit le récit : « Le jour fatidique arriva, le mentor mourut. Thogrim était seul, à la tête d'un groupe d'aventuriers désorientés. Ne sachant quoi faire, il retourna à Dxun, une grande ville humaine. Là, essaya de trouver du travail, mais les nombreux réfugiés n'en avait pas laissé. Bientôt il n'aurait plus d'argent. Il se tourna alors vers le crime. Il accepta d'assassiner une famille innocente contre un petit pécule. Ce n'était lors que le début. Voyant que le crime lui rapporterait plus qu'un travail décent sa cupidité prit le dessus. Il décida d'arnaquer et racketter les réfugiés. Il voyagea faire l'est, là où ils étaient plus nombreux. Mais à mesure qu'il s'enfonçait dans l'illégalité, ses compagnons mourraient. Thogrim prenait de plus en plus de risques pour gagner toujours plus. On dit même que par avidité il aurait tué un autre nain qui ne voulait pas lui vendre son armure en peau de dragon.

Fatigué par le voyage perpétuel, il retourna à Dxun avec la solide intention de devenir un baron du crime. Malheureusement pour lui, il s'était fait de nombreux ennemis. Ils tentèrent de l'assassiner. Mais Thogrim en plus d'être un fort guerrier, était rusé. Il massacra tous ceux qui en voulaient à sa vie. Des petites frappes aux grands assassins, toussent périr. C'est ainsi qu'il acquerra le nom de « Thogrim Barbefer, l'Invincible ».

Comprenant que le milieu du crime ne voulait pas de lui, il décida de se salir encore plus les mains. Il se fit passer pour un honnête nain et forma un groupe avec des religieux, un paladin d'Aurell et un prêtre de Pix. Il voulait qu'ils l'aident à convoyer du vin. Mais en réalité, il s'agissait de sang de manticore, car Thorgim avait pactisé avec une liche ! »

La foule reteint son souffle. Valgard était satisfait, il avait obtenu l'effet recherché. D'un ton plus calme, mais pas plus rassurant, il reprit le fil de son histoire : « Le groupe convoya le sang jusqu'à Locembrum, mais c'était sans compter sur les paladins du culte d'Aurell. Ces derniers suivaient la piste laissée par le sang. Malheureusement, quand les paladins retrouvèrent Thogrim, il était trop tard, il avait déjà remis le sang à liche. Le groupe de Thogrim était épuisé par la course poursuite qui avait duré des jours. Peu à peu les membres du groupe tombèrent lors d'escarmouches successives. Thogrim était maintenant seul, seul face à quatre paladins sur leurs destriers. Une dernière fois, il montra au monde que la seule chose qu'il n'avait pas volée était son titre d'Invincible. Il tua, sans aucune pitié, trois des quatre paladins. C'est dans une charge salvatrice que le dernier paladin l'atteint au visage. C'est ainsi que mourut Thogrim, seul au milieu d'une plaine, loin de sa famille. ».

La foule commençait à discuter. Valgard Languedargent se tourna vers le jeune qui voulait tenter l'aventure et lui lança : « Alors, tu as toujours envie de finir comme Thogrim ? »